L’inceste plus fréquent que ce que l’on sait

By | novembre 21, 2014

Les maltraitances sexuelles sur un mineur au sein même de la famille sont combattues et condamnées par l’ONU depuis près de 25 ans avec l’adoption de la Convention internationale des droits de l’enfant. Pourtant, l’inceste reste un « fléau de santé publique de l’ombre » selon Cédric Grouchka (membre du collège de la Haute Autorité de Santé) qui s’exprimait ce mercredi 19 novembre lors d’un colloque à Paris. L’inceste est en effet difficile à repérer, mais également à faire reconnaître.

Selon les estimations de l’AIVI (l’association internationale des victimes de l’inceste) en 2009, l’inceste reste un problème répandu et largement sous-estimé puisque plus de deux millions de personnes en seraient touchées en France. Ces violences tabous ont pourtant des répercussions reconnues sur la santé des victimes tant au niveau psychologique que physique, sans compter leurs conséquences de mal-être social. Les professionnels de santé s’accordent autour de l’enjeu du repérage précoce des cas de maltraitance sexuelle et de situations à risque pour l’enfant. Mais les victimes traumatisées gardent souvent le silence longtemps après les faits. Près de seize ans en moyenne selon l’AIVI. Cette difficulté de dénonciation de l’inceste est par ailleurs accentuée par l’absence de statut clair dans le code pénal français, qui maintient un flou statistique autour des chiffres des condamnations et fait de ce mal un « fléau de l’ombre » associé bien souvent aux violences conjugales.

La violence sexuelle de l’inceste, plus répandue qu’on ne le pense, est mal anticipée. Ce tabou très fort ne bénéficie pas de la prévention et du suivi nécessaires à son repérage. Les données, probablement sous-estimées selon Isabelle Aubry, présidente de l’AIVI, indiquent que « 90 % des agresseurs incestueux sont des hommes, et plus de 70 % sont les grands-pères, pères ou frères des victimes ». Cette dimension familiale de la violence incestueuse complique son identification par les victimes mais également par leur entourage. En effet, seuls 30 % des proches des victimes s’adressent aux autorités une fois alertées quand 60 % « attendent des preuves » voire gardent le secret (6%). L’image de l’inceste dans notre société avec les médiatisations successives dont il a été l’objet n’a pas évolué dans la bonne direction d’après le Réseau de Professionnels Pour la Protection de l’Enfance et de l’Adolescence (REPPEA). Sa présidente, Eugénie Izard, pédopsychiatre, souligne les torts que des procès comme l’affaire d’Outreau ont pu faire à la condamnation de l’inceste, et note « un recul important de la prise en considération de la parole de l’enfant. »

Alors que les fausses déclarations d’actes incestueux ne représentent qu’un cas sur mille selon l’AIVI, 70 % des parents se montrent réticents à les accepter, voire les nient totalement. Il serait plus judicieux cependant d’agir plutôt que d’attendre la certitude. Car au-delà des séquelles psychologiques à vie que cette violence provoque chez les victimes, il semble que ce comportement subis dans l’enfance soient à l’origine de la reproduction des abus par la suite. 45 % des auteurs d’actes incestueux en auraient été les victimes dans leur propre jeunesse.

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